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Loveless

Note d'intention

Printemps 1974 à Lyon dans la région lyonnaise, plusieurs cadavres de prostituées sont découverts.
Ces meurtres déclenchent une telle émotion dans le milieu des prostituées qu’au mois de juin se tient une réunion rassemblant une cinquantaine de personnes : prostituées, avocats, militants du Nid, journalistes. De cette réunion émane un certain nombre de revendications demandant la possibilité d’exercer la profession de prostituée avec plus de sécurité.
Mais l’appel n’est pas entendu, un nouveau meurtre survient et la police continue de traquer davantage les prostituées sans jamais s’en prendre aux proxénètes.
Le mouvement s’accentue, la solidarité entre prostituées s’amplifie, l’affaire est médiatisée.

Le lundi 2 juin 1975, 100 à 150 prostituées occupent l’église de Saint-Nizier. Devant l’ensemble de la presse elles annoncent : « Nous sommes là, et maintenant nous n’en bougerons plus ». Elles savent qu’ainsi leur problème va faire la une des journaux, qu’il va être discuté et qu’elles vont pouvoir s’exprimer.
Toutes les petites chapelles adjacentes à l’immense nef centrale sont investies, les prie-Dieu servent de chaise, les barrières de fer forgé de porte-manteaux. Chaque salle, chaque chapelle, chaque recoin de l’immense église Saint-Nizier à trouvé une utilisation : dortoir, chambre, lieu de discussion, réfectoire, plonge, salle de bain... Certaines ont trouvé refuge jusque dans la chaire.
S’organise alors une véritable petite société. Personne ne sort mais les liens avec l'extérieur ne sont pas coupés. Les visiteurs se succèdent sans arrêt. Spontanément un très large réseau de soutien se crée.

Dans l’église, un journaliste (Claude Jaget) collectera 6 témoignages bouleversants de prostituées qu’il publiera dans un recueil intitulé  Une vie de putain. Loveless est une adaptation de ces 6 témoignages.

Loveless, n’est pas qu’une parole sur la prostitution, c’est surtout un regard très singulier, sensible et percutant sur la société. Nos six « héroïnes » deviennent un prisme par lequel nous allons regarder le monde, et plus particulièrement le thème de la domination masculine, du couple, de la liberté, de l’hypocrisie de la fidélité, de la marginalité, de l’exclusion et du corps.

Nous avons été extrêmement touchés par leur point de vue : si juste, surprenant, radical, hors norme, tantôt « fleur bleue » et naïf, tantôt blessé, tantôt très agaçant, tantôt révoltant, tantôt révolté, tantôt grinçant mais toujours sensible et intelligent.

            Loveless ce sont des prostituées qui nous racontent leur parcours et leurs histoires alors qu’elles sont dans la maison du Seigneur au milieu des Saints, des Saintes, des Christs, des Vierges,  et des apôtres. Une imagerie iconoclaste et provocatrice qui crée un décalage almodovarien d’une infinie tendresse.

 

Yann Dacosta et Anne Buffet